mardi 7 octobre 2008
2.5
J'avais oublié que je me suis concocté (il n'y a pas si longtemps, pourtant !) une liste très serrée d'activités à faire pendant ma simili-convalescence.
Je regarde ma monte. 16H23.
Je mets mon costume de super héros pour passer à la vitesse de la lumière afin de tout classer le stock de camping rapido-presto.
Je me dénude pour mettre mes derniers morceaux de vêtements dans mon hypnotiseur à chargement frontal.
Je rentre dans la douche. Je ressors aussitôt.
Laveuse + douche = brûlure au vingtième degré. Une équation que j'ai dû mettre aux oubliettes en même temps que mes maths du secondaire.
Une fois la laveuse fermée momentanément, je jet d'eau est enfin prêt à recevoir mon corps blanc comme la neige de dieu grec en arrêt d'entraînement. Je me retape un peu les cheveux au son de Beau Dommage qui joue dans le tapis.
En deux temps trois mouvements, ma cuisine se fait dévierger par le wok, les légumes, le poulet et les sauces-asiatiques-dont-personne-ne-veut-connaître-les-ingrédients. Je me concocte un petit souper en buvant un verre de Chianti pas du tout mauvais.
Je prends mon temps pour manger en lisant les nouvelles sur Internet. Vers 19h15, je mets la clé dans la serrure de l'appartement. J'écoute un instant en pensant avoir entendu le téléphone sonner, puis me retourne afin de rejoindre ma machine de course 4 cylindres. Aller au cinéma tout seul, c'est toute une expérience.
dimanche 5 octobre 2008
2.4
L'escapade en camping d'automne s'est terminée le lendemain. J'ai laissé Vanessa chez elle après deux bisous sur le joues, les mains moites juste à penser à la gêne que m'a causé l'évènement surnaturel arrivé pendant la nuit. On se promet de se revoir bientôt, mais je reste sceptique à ce sujet. On m'a mis en arrêt de travail et, dans son cas à elle, les quarts vont continuer à s'enchaîner l'un à l'autre.
Je me suis par la suite dirigé on ne peut plus directement à mon appartement, en réalisant à quel point il peut être difficile de conduire avec un doigt dans une espèce d'atèle en métal qui le garde en position.
Je viens juste de terminer de vider le coffre arrière de mon bolide. C'est fou tout ce qui peut rentrer dans une auto simplement pour une nuit de camping. Je regarde, stupéfait, la pile qui cumule la tente, les deux sacs de couchage, les matelas, la glacière, un vieux Reader Digest, les casseroles, la boîte remplie de nourriture impérissable, l'huile à mouche (en plein automne ?), les deux rouleaux de petite corde, la lampe frontale...
J'ai toujours eu peur de manquer d'équipement en pleine sortie en plein air. À chaque fois, au retour, j'éprouve une certaine lassitude à ranger tout le matériel à la place qui lui est normalement désignée dans l'appartement.
J'ouvre mon ordinateur portable pour voir si quelqu'un a essayé de me rejoindre pendant mon absence. Une fois l'écran LCD illuminée, j'aperçois une note de rappel qui s'affiche automatiquement.
vendredi 3 octobre 2008
2.3
Pour me placer plus confortablement sur mon tapis de sol, je me déplace vers la gauche et je rencontre une roche. Un gros caillou. Non. Pratiquement une montagne. Je me retourne pour voir. J'avais pratiquement oublié les cheveux auburn de Vanessa qui, avec leur propriétaire, ont accepté de m'accompagner pour ce petit périple en forêt.
Même dans le bois, elle sent bon et j'ai le goût de me coller le nez à sa peau.
Je me garde une gêne. You don't fuck with de pay roll. Je suis bien, mais je pousse pas ma chance. Même si elle est belle, même si elle est fine, je ne suis pas intéressé par elle. Nous entretenons une relation platonique de confrères(soeurs?) de travail. On se voit par-ci par-là sur notre temps personnel. Mais je suis (pense) resté convaincu qu'il y a quelque chose dans son attitude qui me dérange.
Je me re-retourne et mon visage rencontre la couverture cirée du Reader Digest à ma gauche. Je suis en train de fermer les yeux quand je sens le serpent me monter sur l'épaule.
C'est un reptile qui sent bon, cette fois. Je fais sortir l'animal qui est en moi et je dresse l'oreille, prêt à répondre à l'attaque. Le serpent continue son ascension et je vois des bouts de doigts poindre sous mon cou. Je sens la montagne se rapprocher de moi.
Vanessa ?
Pas de réponse. Elle dors toujours, je peux entendre sa respiration lente.
Je referme les yeux. Je sens mon coeur battre un peu plus vite. Je respire doucement pour reprendre le contrôle. Je commence à compter pour m'endormir.
J'arrête l'exercice quand je suis rendu à un million. Je ne dors toujours pas.
mercredi 1 octobre 2008
2.2
Reader Digest, Juillet 1999, p. 23
Les religions à travers les dernières décennies ont rejeté, dans un élan presque majoritaire et surtout dédaigneux, la théorie de Charles Darwin qui édicte les préceptes de la sélection naturelle. Les êtres des différentes espèces, face aux problématiques naturelles qu'ils affrontaient années après années, éliminaient d'elles-mêmes les faibles des leurs pour se retrouver avec les candidats les plus propices à surmonter l'obstacle de l'heure.
L'homme ne fait pas exception à la règle et, bien que nos bienveillantes religions nous feront peut-être fort probablement état du contraire, nous prenons sur nous d'endosser la théorie scientifique de Darwin. Le nouveau millénaire a amené son lot de difficultés et l'être humain n'a pour ainsi dire pas de choix de s'adapter s'il désire survivre.
Cette adaptation passe par le transferts des gènes forts d'un homme vers une progéniture qui, à son tour, pourra procéder au transfert.
S'il est vrai que l'homme est un animal, régit par les hormones, l'émotivité tant positive que négative, nous pensons qu'il est possible pour lui de poser des actions qui lui permettront de progresser ou de régresser.
L'homme de Néant-Dertal, bien qu'il tente de façon consciente d'aller constamment vers l'avant, peut également poser des actions qui le feront régresser.
lundi 29 septembre 2008
2.1
Bien assis le sac de couchage enfilé tout le long du corps, je regarde, que dis-je, je fixe presque envoûté, l'opacité de la toile de la tente tout en remplissant lentement mes poumons de cette odeur qui me remémore tant de souvenirs de jeunesse. Ces soirées interminables dans la tente de mon père, à jouer au Monopoly avec mes cousines, mes frères, ma soeur, mes amis. Les premières nuits blanches de ma vie.
On mangeait des chips sel et vinaigre à en avoir l'intérieur de bouche plissé. On buvait du jus pomme et raison à en avoir le contour de la bouche mauve. On riait, on se plaisait. Sans se douter que sept ou huit ans plus tard, la temps défilerait avec une si grande célérité que les journées de dureraient plus que quelques secondes.
Je continue à fixer le fond jaune éclairé par ma lampe frontale. Ma gorge brûle tranquillement avec la limpée de cognac qui descend en prenant son temps. La soirée a été belle.
Mon enfance, elle, l'a été encore plus. En commençant l'école, en septembre, j'avais constamment la nette impression que je ne verrais pas le bout de l'année scolaire. J'attendais impatiemment que la fin de semaine se pointe le bout du nez, que je puisse sauter la clôture aller au parc, aller faire du ski, faire du trouble aux voisins qui sortaient en criant des bêtises à notre naïveté enfantine. Et à l'heure des repas, les parents qui criaient d'inlassables « Venez souper ! »
Mes pieds grouillent dans le fond du sac de couchage pour déplacer le duvet synthétique afin qu'il se réchauffe. En camping d'automne, on a le bout du nez froid. Je m'étire le bras pour replacer une mèche de cheveux qui couvre ses yeux endormis.
Je souris en pensant qu'une fille dans le bois a jamais l'air très confortable.
Le sommeil et l'alcool commencent à m'engourdir. Je prends la revue dans mon sac à dos pour lire deux ou trois lignes avant de sombrer pour la nuit.
vendredi 19 septembre 2008
Chapitre 2 : préambule
Voici le début de la suite. Il s'agit d'un nouveau volet, donc je donne à ce chapitre un ton qui lui est propre.
Ceux qui ont le coeur suffisamment aventureux pour se promener en forêt par cette température remarqueront que le coussin sous lequel reposent leurs pieds craquellent légèrement à chaque pas. Lorsqu'ils poseront leurs mains sur les branches des arbres, afin de se frayer un chemin jusqu'à cette lumière qui dérange quelque peu la paisibilité de ce milieu anormalement occupé par des êtres à deux pattes, ceux là trouveront que le bois est givré et qu'on s'en mouille les mains.
Une fois ces quelques obstacles traversés, le lecteur reconnaîtra peut-être cette tente trois place jaune Jack Wolfskin, d'où sortent cris, amusements et rires. Et s'il ne la reconnaît pas, il n'a qu'à faire un demi tour sur lui même pour remarquer un petit véhicule rouge qui, il n'y a pas si longtemps, était dans le stationnement d'un certain poste de police à attendre son propriétaire.
Si, toutefois, le lecteur n'en arrivait toujours pas à une conclusion, qu'il nous laisse alors descendre tranquillement la fermeture-éclair de la dite tente (juste assez pour y jeter un coup d'oeil, bien entendu !) afin que nous puissions lui montrer qui est à l'origine de ce bonheur, de cette joie, de cette sérénité, quoi !
Et alors que nous reculons à pas de loup pour laisser la place au lecteur, nous lui recommandons de se faire discret, car le bonheur qui est si jeune peut être d'une certaine fragilité. Et fort probablement que lui, comme nous, ne voudra pas le briser.
mercredi 10 septembre 2008
Fin du Chapitre 1
Je me souviens que j'ai attrapé le gros sans génie par le coup, que je lui ai descendu une encolure solidement vers le bas. Je ne sais pas trop comment je me suis retrouvé là. J'ai senti sa main à elle me ramener vers l'arrière, m'arrêter dans mon élan. Et je me retrouve à ne plus pouvoir travailler, pour une durée indéterminée.
Le pire dans tout ça, c'est que j'ai même pas une plainte en déontologie. J'ai le petit doigt de la main droite cassé, voilà tout.
Il y a des feuilles mortes partout dans mon entrée. L'automne doit être à sa fin car à quatre heure du matin, mon polar commence à être impuissant dans sa lutte au froid de la nuit.
Je sens mon coeur battre dans ma main gauche. Le temps va être long.
J'ouvre la porte de l'appartement. Il y a toujours de quoi de dégueulasse quand on arrive dans un appartement plein de meubles mais vide de monde.
J'ouvre le portable, c'est comme un rituel pour moi. Je parle rarement au téléphone, mais mon système de communications passe au grand complet par l'écran 15.4 pouces de mon ordinateur.
Pas de messages. Je prends deux secondes pour me faire un thé. Je suis loin de m'endormir. J'ai encore du stress plein le dos. Je regarde les goûtes d'eau qui tapotent tranquillement sur le carrelage de la vitre. Il pleut averse dehors et, dans une moindre mesure, dans mes yeux.
Mes épaules hoquettent rapidement. J'ai des frissons, pourtant le chauffage est pratiquement au maximum dans l'appartement. Je n'entends plus le CD de Dumas qui tourne en boucle, le son sortant des hauts parleurs de mon ordinateur.
J'ai l'impression que je vais mourir.
Que c'est la fin du monde. Le temps ne compte plus.
Tranquillement, je deviens grisé par cette tristesse qui est entrée d'un coup de vent par la porte de mon appartement. J'en suis tellement saoul que j'ai peine à me rappeler pourquoi je pleure.
Je me dirige vers le bureau pour sortir mon agenda (j'ai un agenda, moi ? Pas depuis le Collège, en tout cas !). Je reviens à mon PC pour ouvrir la fonction calendrier. Le prochain mois est vide et je vais devoir trouver de quoi pour m'occuper.
Les doigts glissent sur le clavier, les pages défilent sur mon fureteur. Tranquillement, les cases du calendrier se remplissent.
Le soleil commence à se lever quand je pars vers mon lit m'étendre pour dormir.
mercredi 27 août 2008
Moment historique
Barack Obama a été officiellement élu représentant du parti Démocrate à la présidentielle américaine.
C'est un pas vers l'avant.
mardi 19 août 2008
(9)
Il faisait beau soleil, ce matin tout de même un peu frisquet du mois de Septembre. L'autobus jaune s'arrêtait pratiquement à toutes les maisons, pour éviter aux petites jambes des enfants de devoir parcourir des distances trop longues, avec leur sac-à-dos sur les épaules.
Embarquer dans l'autobus scolaire était pour moi un événement à tous les jours, cette année là. Les grands de sixième année étaient assis complètement à l'arrière : c'étaient eux qui menaient le bal. Graduellement, en avançant dans l'autobus, on pouvait constater que l'âge diminuait systématiquement. J'étais souvent assis à l'avant, derrière le conducteur, Daniel à mes côtés.
C'était la fin de notre première semaine d'école. On entrait dans le monde.
Ce matin là, Daniel m'avait suggéré de prendre un banc plus à l'arrière. Complètement dans la jungle. Ça faisait deux minutes qu'on était assis, on se trouvait pas mal vieux. Et c'est là que c'est arrivé. Un morveux, littéralement parlant parce qu'il avait de la morve au nez, est arrivé et nous a demandé ce qu'on faisait là.
J'étais gêné. Mais Daniel et moi, on était bien assis où on était. Et le morveux a pas aimé ça. Pourla première fois de ma vie, j'ai vu des étoiles en plein jour. Pas mal d'étoiles, même. Puis, au moment où je rouvrais les yeux, un goût de salé a envahi ma bouche. Et mon nez a commencé à être pesant.
Recevoir son premier coup de poing sur le nez, c'est comme se faire dévierger la figure. Au début tu te demande ce qui se passe. Puis tu réalises. Enfin tu te décides à participer, toi aussi, à l'action.
J'ai décidé à vingt et un ans de participer à l'action. Un peu à retardement. Je suis entré dans la police. Pour arrêter des morveux, les mettre en taule.
Je regarde Vanessa. Elle sort de l'auto de patrouille la main sur son Glock. Je l'imite et je prends conscience.
Elle aussi, elle est belle. Putain, qu'est-ce qu'elles ont toutes à être belles ?
Je m'approche de la fenêtre côté conducteur et je demande au morveux de mettre les mains sur le volant. Je regarde ses mains, fines. Des doigts de pianistes. Des doigts de femmes. J'entends Vanessa. Crier. Je me tourne et la voie en train de se tirailler avec un gars de pas loin de six pieds.
Je jette un dernier coup d'oeil à la fenêtre conducteur. Je vois un fille de seize ou dix-sept ans. Son mascara coule. Elle pleure
dimanche 17 août 2008
(8)
La pluie s'abat fermement sur le pare-brise qui, ce soir, pare bien plus que la brise.
Mes mains serrent fermement le volant, je peux entendre le crissement du contact entre le cuir de mes gants et la matière douteuse dont est composé le volant. Le moteur du Crown Victoria, édition police, chante plus fort que la radio du véhicule de police de crachotte des informations à toutes les secondes.
L'alcool est descendu plus vite que je pensais. Le parfum de Caroline devait me faire tourner la tête plus que les deux cognacs en deux heures que j'ai consommé en lui parlant.
Vanessa est assise à mes côtés. Le soir, on travaille toujours en équipe. Le temps passe plus vite à deux, la nuit. Même quand on est pas dans le lit.
Un espèce de fou furieux a tabassé sa femme, dans un village. Les policiers l'ont ramassée tout en sang, mais le débile s'est sauvé avant leur arrivée. Deux de nos gars sont à l'hôpital avec la « Madame », deux autre sont occupés à faire de la prévention dans un festival. Y avait que Vanessa et moi pour remplacer le monde manquant.
J'ai rarement roulé aussi vite. Pourtant, je ne suis pas un gars de moteur. Mon père m'a élevé dans le culte du sport, ma mère dans celui de l'intellect. En dehors des études et des fins de semaines passées au mont à faire du ski, j'ai pas passé beaucoup de temps à conduire des VTT et des Ski-doos. Probablement pour ça que conduire à 180, c'est une exception pour moi.
Je suis tendu. Il faut que je me concentre pour décontracter les muscles de ma nuque et de mes épaules. Je serre les poings pour mieux sentir le cuir sur mes paumes. L'adrénaline que procure la réception d'un appel d'urgence se fait en injection directe au cerveau.
Je regarde Vanessa, je pense à Caroline et à Daniel qui doivent toujours être en train de bavarder, de rire, d'échanger du plaisir. Les lumières bleues et rouges des gyrophares ne me change pas les idées.
Vanessa lâche un petit cri féminin mignon à ravir. Je sors de ma bulle pour essayer de voir ce que je n'ai pas encore vu, mais qu'elle a perçu. Je freine un peu et vois le Mazda 626 que nous cherchons depuis une demie-heure passer à sens inverse.
Je donne un coup de volant en actionnant le frein à main. Les pneus du Ford crissent et glissent sur le tapis de pluie qui recouvre la chaussée.
mercredi 30 juillet 2008
(7)
Les lumières tamisées de la micro-brasserie donnent un look brunâtre à la place et il me faut pratiquement forcer les yeux pour voir les tâches de rousseur sur le bout du nez de Caroline. Mon deuxième verre dans le nez commence à me faire tourner la tête, je ne tiens vraiment plus l'alcool.
Daniel est assis à côté de moi, nous sommes là, dans un bar de notre ville natale, avec la fille qui, il n'y a pas si longtemps, il me semble, dessinait de la bitume avec des craies roses face à la maison de mes parents.
- Québec était pas vraiment mon genre de ville...
Je réponds comme j'aurais répondu au téléphone. 1 ou 0.
- Non ?
L'écoute active a toujours été mon fort. Je reformule. La fille se sent écoutée. Loi de la nature.
- Non. Bien, en fait, pas depuis que mon copain m'a laissé pour une fille avec qui on avait fait un trip à trois.
Caroline, malgré ses cheveux auburns et ses tâches de rousseurs, vient de perdre des points. Le libertinage me pue au nez. Je lui laisse quand même sa chance.
Elle est arrivée à l'appartement comme un coup de vent apportant son lot d'odeurs les plus suaves. Elle dégageaient une odeur soyeuse d'un parfum discret. L'impression que ça me laisse, depuis qu'elle est arrivée-revenue dans ma vie, c'est que je viens de sortir la tête de l'eau après une longue plongée en apnée et que j'essaie de respirer tout l'air du monde le plus vivement possible.
Mes poumons ne sont pas assez grands pour humer toutes ces odeurs qui aguichent mes narines.
Daniel est comme un chien fidèle. Il voit mon intérêt, peut-être juvénile, pour Caroline et ne s'immisce pas trop dans la discussion. De bonne blagues sortent de sa bouche pour décontracter l'atmosphère, mais il écoute plus qu'il n'émet.
- En fait, je reviens ici pas mal définitivement.
Je la regarde en hochant de la tête. J'essaie de mimer ses mouvements de mon mieux, il y a comme un climat qui se crée autour de nous. Il faut que je me concentre pour ne pas oublier Daniel, qui est à deux pas de moi.
Caroline a les yeux verts, ils scintillent sous les lustres tamisés de la place. C'est fou comme un être vivant change, avec les années. Il y a un peu moins de 8 ans, je n'osais même pas la regarder. Le Reader Digest ne parlait pas de ça, dans son article.
Nous avons un plaisir fou, tous les trois, à se rappeler les bons (donc mauvais) coups de notre enfance dorée. Quand Daniel et moi faisons un peu d'efforts, on arrive à arracher des éclats de rire à cette femme que nous réalisons connaître à peine. Elle nous montre alors des dents de perle, à la limite de la perfection.
Je suis bien. J'ai du plaisir et je vibre. J'enlève ma mains de l'avant-bras velouté de mon interlocutrice.
Je vibre toujours.
J'introduis ma main dans la poche arrière de ma paire de jeans. Je prends le télé-avertisseur qui s'y cache. Maintenant, c'est ma main qui vibre.
Je regarde encore une fois les yeux de jade de Caroline. Je ferme les miens en maudissant le téléphone rouge qui me suit partout.
La police m'appelle.
dimanche 27 juillet 2008
(6)
Où le lecteur verra que l'auteur a peut-être suivi les conseils d'Esperanza ?
Le téléphone sonne.
J'ai soudain le coeur qui bat rondement, vivement. C'est pas tant parce que je sors de la douche à toute vitesse, laissant sur la céramique, puis sur le plancher de bois des coulisses d'eau qui vont me donner un travail du tonner à essuyer que parce je me demande encore qui va être à l'autre bout du cornet.
Déjà trois coup. Puis un quatrième.
J'agrippe le combiné. J'appuie sur Talk. Je réponds. Enfin.
J'ai jamais été trop expressif au téléphone. C'est un peu comme sur tous ces programmes de clavardage. Je trouve ça profondément froid, je trouve que ce sont des contacts de faible qualité. J'essaie de diminuer que je passe à l'un (le cornet) comme sur les autres (les chats et non les chats) au minimum. Je suis un répondeur binaire par excellence sur la machine d'Alexandre Graham Bell. Oui et non comme 1 et 0.
Je reçois rarement des appels. Ma famille et les quelques amis de qualité que j'ai ici, en région, me lâchent un coup de fil de temps à autre. Ces temps-ci, ça doit être vraisemblablement parce qu'ils veulent s'assurer que je suis encore en vie. Pas d'inquiétude à avoir de ce côté là. Je remonte la pente assez sûrement, deux mois plus tard. Je prends même goût aux avantages du célibat, ceux qui font de moi un des vieux garçons de ce monde.
Cette fois ci, c'était Paul, un des trois types avec qui je me tenais au collège, du moins, c'est ce que l'afficheur m'indique, parce que je n'ai pas su arriver avant qu'il ne raccroche. Je me retourne, dans le but d'aller terminer la douche que j'ai entamé quelques instants plus tôt.
Je regarde l'allure de l'appartement. On dirait qu'il vient de pleuvoir comme ça se peut pas. Le temps que j'essuie tout ça avec ma seule serviette sèche (celle qui était destinée à essuyer mes fesses ?). Je prends deux secondes pour m'assécher avec le dernier bout utilisable.
Les boxers à peine remontés au dessus des genoux, ça cogne à la porte. J'ai les jambes molles quand je vois les cheveux auburns se pointer à la hauteur du carreau de vitre de la porte.
J'ouvre et mon Jell-O de jambes tient tant bien que mal lorsqu'elle me touche le bras délicatement.
1. Quels éléments nouveaux puis-je apporter pour améliorer le travail qui est en train de se faire ?
Un des objectifs que je désire atteindre est que le lecteur prenne goût au récit et revienne de lui même pour voir la suite.
2. La longueur des posts et leur contenu entre-t-il dans l'atteinte de cet objectif ?
samedi 26 juillet 2008
(5)
Le pire, dans tout ça, n'est pas d'avoir oublié son imper dans l'appartement. Non. C'est de ne pas avoir pensé de sortir la clé dans la période pré-porte. C'est tout ça qui va me forcer à ouvrir la sécheuse dans la période post-porte.
Mon appartement est situé à environ 30 minutes du poste, dans une ville à l'intérieur de laquelle je ne travaille pas. Personnellement, ça me permet de couper les liens entre le boulot et ma vie personnelle. Depuis que j'ai quitté Montréal, j'ai un petit pincement au coeur. C'est certain, dans ma nouvelle ville-village, on mène pas le même genre de vie que dans la ville-monstre.
Reste que mon appartement est celui d'un émigré qui est resté à sa culture d'origine. J'ai tenté, en m'exportant, d'importer un peu d'urbanisme dans le décor de ma place. L'ambiance est quand même pas pire.
Je reste étonné.
Fascinant la vitesse à laquelle un homme détrempé peut se dévêtir, mettre ses vêtements dans la laveuse, ajouter du savon, actionner le tout et, moment de complaisance par excellence, s'asseoir sur un carreau de céramique un peu trop froid pour des fesses encore humides pour regarder le tout tourner dans un mouvement hypnotique. C'est ça, la beauté des laveuses à chargement frontal des années 2000.
Le froid sur mes fesses me font reprendre conscience tranquillement quand le souvenir de mon dernier problème d'hémorroïdes (j'étais âgé de huit ans, mais putain, ça me brûle encore le derrière). C'est plus ces images douloureuses que le simili-froid du plancher de la salle de bain qui me fait me relever avec la souplesse d'un octogénaire.
Je suis nu comme un vers et c'est ça que ça me prend pour me rendre compte que l'automne est arrivé dans mon appartement aussi et qu'il va falloir que je commence à mettre du chauffage.
Assez vite, ça va me prendre une chaufferette à côté du coeur.
vendredi 25 juillet 2008
Suite de la suite (4)
- Oui, à l'écoute ?
- Fred, t'es où présentement ?
- Ben là je suis à l'intersection St-André et St-Alphone.
- Parfait je viens te voir.
J'ai toujours détesté parler dans ce cornet. Tout le monde entend ce que tu dis, faut parler lentement, faut parler clairement. Y a même les sans emploi du village qui se dotent de scanner pour écouter ce que tu dis de chez eux.
En fait, des sans emploi, il y en a beaucoup plus que vous pouvez l'imaginer. Pas que ce soit foncièrement mauvais. Mais quand ils vous regardent de haut, après que tu lui ailles donner un ticket, et qu'ils te disent que ce sont eux qui paient ton salaire et ton auto de police...
Il pleut. Il pleut toujours, au mois d'octobre.
À 9h10, je me regarde dans le rétroviseur central. J'ai encore les yeux cernés, je n'ai pas faim. J'ai juste soif. Soif qu'il se mette enfin à faire soleil dans cet automne qui bouffe de plus en plus du temps de jour dont je pouvais profiter il y a seulement quelques semaines.
Et je la vois, dressée sur le siège de conducteur de sa voiture de police, je la vois arriver avec son éternel sourire...et ses lunettes de soleil.J'ai jamais vraiment compris pourquoi les filles de mon âge persistent à porter des verres fumés même s'il fait cendre dans le ciel.
- Pis, comment tu vas ? Qu'elle me lance avec son plus beau sourire.
- Moi ? J'ai jamais été mieux.
- Wow...
- Tu dînes à quelle heure ?
- Je sais pas, c'est pas vraiment important pour moi...
Elle est repartie aussi rapidement qu'elle est arrivée, toujours souriante, toujours aussi belle. Une beauté naturelle. Vanessa, c'est comme un coquillage sur les sables du Lac-St-Jean. On en voit pas beaucoup, c'est même plutôt rare. Quand on le trouve, on est toujours émerveillé.
Vouloir le garder pour soi, c'est un peu péché. C'est ça, le problème, avec Vanessa. Tout le monde veut se la garder pour soi. Ça me turn off solide, que tout le monde soit après elle. Mais elle en est pas moins délicieuse, avec son odeur sucrée-vanillée, ses petites fesses retroussées même dans ses pantalons verts kaki de policière, ses beaux cheveux auburn, son teint pâle avec des petites tâches de rousseurs sur le bout du nez. Un nez juste assez droit et remonté, mignon à souhait. Une vrai gorgée de Gatorade dans le début de mon escapade dans le désert du célibat.
La bouteille va se vider rapidement.
jeudi 24 juillet 2008
Le roman ? (2.5)
Petite erreur qui s'est glissée par inadvertance dans la publication automatique de mes billets. Celui-ci aurait du se trouver avant le Post Roman (3) qui le précède actuellement.
Reader Digest, Octobre 1997, p.44
L'espèce humaine, principalement chez les mâles de la vingtaine, se subdivise en deux catégories d'individus. Il y a les Cro-Magnons et les hommes de Néant-Dertal.
Le National Géographique, en panne de sujets intéressants ces derniers temps, a décidé de se fier à une source peu fiable pour établir le sujet d'un de ses documentaires dont nous feront état dans les lignes de notre magasine.
L'homme de Cro-Magnon est l'abrutissement de l'espèce humaine à l'intérieur du 21e siècle, principalement chez le format mâle de sa race.
Vous savez, ce jeune abruti dans la vingtaine qui se promène avec sa Honda Civic fin des années 90, avec un compteur de RPM installé croche sur le dessus du tableau de bord. Vous savez, cet idiot qui se coiffe plus stupidement qu'autrement de sa casquette d'une marque de skateboard quelconque qui n'intéresse personne.
Celui qui centre le monde non pas sur lui-même, mais bien sur l'opinion des gens que son entourage a de lui. L'homme de Cro-Magnon est né dans le monde occidental, il se diffuse plus rapidement que le VIH à travers le monde pour occidentaliser les coins les moins occidentalisables de notre planète.
C'est pire que la peste. La tribu grandit à tous les jours.
L'espèce humaine, principalement chez les mâles dans la vingtaine, a la chance de trouver chez elle un combattant de qualité qui fait lutte aux Cro-Magnons de ce monde. L'homme de Néant-Dertal est ce sauveur....
lundi 21 juillet 2008
Le roman (3)
Je referme le Reader Digest et le pose sur le dessus de la cuve de la toilette. Rien de vraiment intéressant dans ces magazines passés date qui trôneront éternellement sur les toilettes du poste. Faut croire que personne, ici, n'a d'intérêt à laisser aux autres les revues auxquelles il s'est abonné durant l'année. C'est plus rentable d'allumer le foyer avec.
Je me relève lascivement. La journée va être longue.
En ressortant des chiottes, Michael est encore là à s'appliquer de la pommade. Il a l'air à s'aimer pas mal, le Cro-Magnon.
Je prends tranquillement les clés de mon véhicule de patrouille. Je ramasse mes trucs. Je pars sur la route.
La route a cet effet thérapeutique sur moi de me faire penser à un tas de trucs indifférents. Je pense à Michael qui s'est tappé je ne sais qui hier soir, avant-hier soir et tous les autres soirs qui se sont précédés.. Peut-être ma soeur, qui sait ? Anyway, je m'en branle éperdument. Je m'en vais à une intersection. Je regarde les véhicules passer. J'attends. Je pense.
Isabelle était vraiment extra. Le temps passé avec elle, je dois avouer, c'était pas toujours cadeau. Quand la routine embarque, après deux ans, que personne fait d'efforts pour en sortir, y a quelque chose de malsain qui s'installe.
Quelque chose comme un cancer généralisé dans une vie de couple putréfiée. Y a seulement des médecins pour vous analyser ça.
Le tube de pâte à dents vide laissé sur le comptoir de la salle de bains (la première cellule cancéreuse).
Les relations sexuelles qui deviennent moins fréquentes (les métastases qui se propagent).
La fin de la relation (la mort parce que rien n'a été traité à la chimio).
Isabelle, c'était comme mon cancer à moi. Elle s'est installé innocemment dans ma vie de flic paumé sans objectif. Elle a commencé à prendre de la place de plus en plus, dominant le rapport d'unidirectionnalité que j'entretenais avec mon boulot. Puis elle est partie.
Parce que j'étais devenu son cancer à elle. Son tube de pâte à dents sur le comptoir. Et le reste est allé de soi.
Je suis un homme de Néant-Dertal, et je suis désormais célibataire.
Criss. Point.
dimanche 20 juillet 2008
Le roman ? (2)
Partie 1 : Où le lecteur apprendra ce qu'est le Célibat, ce qu'est un homme de Cro-Magnon, un homme de Néant-Dertal, mais où il n'apprendra certainement pas ce qu'il est lui-même.
Je suis un homme de Néant-Dertal. Toutes ces filles avec leur maquillage, leur air hautain qui te regardent de haut et que tu as envie de repousser le plus loin possible de ta vie minable, toutes ces filles la me répugnent au plus haut point.
Je suis un homme de Néant-Dertal et mon pire ennemi est ma version moins évoluée, mon pire ennemie est Cro-Magnon.
Je suis un homme de Néant-Dertal, le plus Néant-Dertal des Néant-Dertal. Il est 5h45 du matin, je suis au volant de ma petite bagnole de coiffeuse, les yeux cernés, les goût du jus de pamplemousse dans la bouche qui essaie de me réveiller parce que la musique électronique qui joue dans mon bolide ne réussit pas à le faire.
Je rentre travailler parce que c'est tout ce que je sais faire correctement. Je ne peux pas dire que j'y ai personnellement une foule d'amis, dans ce poste de police d'un petit village du Québec. Je m'entends bien avec tout le monde, rien de plus. Je ne m'intéresse pas vraiment à eux parce qu'ils ne s'intéressent pas vraiment à moi.
Les personnes avec qui je travaille sont comme une copie Octobre 1997 du Reader Digest. Y a certainement de quoi qui peut piquer ton attention, si tu ouvres la table des matières. Mais le moment où tu vas le faire est pas sur le bord d'arriver.
Je me frotte les yeux devant le miroir de la salle des agents, je prends un bout de papier brun, le mouille et me le passe sur les paupières. J'enlève le plus délicatement du monde, avec le tissus le plus soyeux du monde, les résidus qui se nichent à la racine de mes yeux. Une fois cette toilette effectuée, je suis fin prêt pour une journée de boulot.
Je regarde Michael avec son look Loft StoryMC qui s'applique un peu trop généreusement de la pommade sur la chevelure à 90 $ qui trône sa tête bronzée à 10 $ la séance. Michael me raconte la soirée qu'il a eu hier avec la copine de la copine d'un de ses amis. Heureusement, je sors ma télécommande de ma poche arrière de pantalons de travail et j'appuie fermement sur Mute.
Cette télécommande, elle me suit partout. Je suis un professionnel de la non-écoute-des-discussions-plates-à-mort-que-tout-le-monde-surtout-un-collègue-de-travail-vous-raconte-à-un-moment-inapproprié-spécialement-quand-il-est-6h15-du-matin.
Je hoche de la tête, han-han, ha-oui, mon-dieu.
Michael est un Cro-Magnon.
De ce fait, Michael est mon ennemi.
samedi 19 juillet 2008
Néant-Dertal, le Roman
Pour m'inciter à poursuivre dans mon écriture, j'ai décidé de donner un nouveau ton à ce carnet en publiant les étapes de cette rédaction. Les noms, lieux, occupations des personnages sont purement fictifs et n'ont rien à voir avec l'auteur de ces lignes. Au plaisir d'avoir vos commentaires.
L’automne, les feuilles glissent et tourbillonnent sur les surfaces lissent, donnant une vague impression de décrépitude à la nature qui, il n’y a pas si longtemps, enfantait le paysage de la région d’une douce mais involontaire beauté qui, même chez les insensibles de ce monde, graciait l’âme de chacun.
L’automne me rappelle immanquablement ces journées de mon enfance où je me promenais, armé de mon foulard et de mes gants, dans le parc du quartier, ces moments où, faute d’une source de chaleur plus importance pour réchauffer les cœurs, mais surtout les extrémités du corps frêle d’un enfant, le seul moyen de ne pas entrer trop tôt à la maison était de bouger, se glisser, se chamailler.
Il faut dire que j’aimais jouer à l’extérieur, encore plus quand les arbres rougissaient de façon presque timide face à la venue de la période hivernale. À ce moment, on ne pouvait jamais dire qu’on était habillés convenablement. Les gilets de laine étaient soit trop chauds, soit pas suffisamment lorsqu’il ventait un peu plus ; les bottes de caoutchouc, seul matériel qui résistait aux intempéries et aux flaques d’eau qui parsemaient le parc, nécessitaient une surdose de bas qui, inévitablement, bloquent la circulation du sang au niveau des orteils ; les caleçons de coton qui, lorsqu’ils étaient mouillés, perdaient toutes leurs propriétés isolantes.
Et à chaque fois que l’automne est au rendez-vous, vers la fin septembre ou le début d’octobre, et apporte avec lui ses effluves les plus délicates, ces souvenirs d’une jeunesse passée trop vite me reviennent à l’esprit, me faisant plonger dans une nostalgie mélancolique qui me fait non pas dire mais plutôt penser que je donnerais tout ce que possède, tout ce qui m’est cher pour effectuer un saut dans le passé.
Maintenant, alors que les feuilles craquent sous mes pas et que le vent me gifle plus violemment qu’à l’habitude ce visage que j’imagine cerné par la fatigue, cette morosité automnale me revient et me fait dire, aujourd’hui plus que jamais, que je voudrais, si je le pouvais, changer quelque chose aux évènements des derniers jours.
jeudi 17 juillet 2008
Ouin ben c'est pas tout le monde qui est chanceux.

Au boulot, j'occupe une position qui me confère beaucoup de pouvoir... pouvoir qui ne me procure aucune satisfaction personnelle, contrairement à quelques uns de mes confrères. Je ne suis pas un jouissif du pouvoir. Avoir un contrôle sur moi-même est beaucoup plus orgasmique que de contrôler les autres d'une façon ou d'une autre.
Sur la route, donc...
J'ai croisé un type plutôt sonné. J'avais affaire à lui pour une faute qu'il venait de commettre. Et je vous jure, j'ai essayé d'être le plus poli du monde.
C'est que le père et la mère m'ont donné au moins ça, sans modestie, je parle plutôt bien et je suis d'une politesse pratiquement implacable. Mais le type, lui, la télé avait sans doute fait la job à la place. Il avait probablement été élevé par Denis Lévesque, François Martineau et leurs copains. Il m'a envoyé promené raide.
C'est assez rought, quand on a le pouvoir de faire payer quelqu'un pour des bêtises qu'il vous crit aux oreilles, de se mordre les lèvres, la langues, les gencives, toutes les autres parties de ma bouche qui ne désiraient rien d'autre que de mordre cet ingrat... de se mordre, dis-je bien, la langue pour lui adresser un gentil et souriant ''Merci de votre compréhension, Monsieur. Je vous souhaite une belle soirée".
En reculant. En baissant la tête pour ne pas croiser son regard agard. En fermant les yeux pour ne pas le voir, même si je l'entends, frapper sur son véhicule Honda Civic 1990 comme un Cro-Magnon de la pire espèce.
Quand j'arrives du boulot, y'a des jours où j'ai le sentiment du devoir accompli. D'autres où j'ai le goût de rager encore un peu sur les malchanceux de la vie avec lesquels j'ai eu la malchance de conjuguer.
C'est en regardant la Rivière aux Sables, après une petite tournée en vélo, que je comprends.
Je suis chanceux d'être où je suis, avec les valeurs qui sont les miennes. Et c'est pas tout le monde qui a ma chance.